Personne n'en parle, et pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître, l'Impératrice Eugénie était bien à voile et à vapeur. Devant pareil scoup, je vois d'ici s'élever les protestations outrées de quelques collègues historien(ne)s, scandalisé(e)s à juste titre par une pareille affirmation. Mais loin de reculer face à la fronde qui se lève, voici une preuve irréfutable de ce que j'avance : 

L'Impératrice Eugénie (1865-1895)

 

 

Totalement tombée dans l'oubli, l'Impératrice Eugénie fut le premier transatlantique français de la toute jeune Compagnie Générale Transatlantique, souvent surnommée "French Line" de l'autre côté de l'Atlantique. L'Atlantique fut d'ailleurs son nom de baptême provisoire avant que lui soit donné celui de l'épouse de l'empereur des Français Napoléon III, Eugénie de Montijo (1826-1920).

Today totaly forgotten, the Impératrice Eugénie was the first french transatlantic liner, under the flag of the young Compagnie Générale Transatlantique, often nicknamed "French Line" in America. Atlantique was her first provisory name until she was named after the wife of the french imperator Napoleon III, Eugénie de Montijo (1826-1920).

L'impératrice Eugénie fut mise sur cale à Saint-Nazaire dans les chantiers John Scott, futurs chantiers de Penhoët le 15 octobre 1862 et lancée le 23 avril 1864. Comme certains le savent peut-être, la Compagnie Générale Transatlantique n'est guère connue pour son goût pour les sister ships; effectivement ni France, ni Paris, ni Ile de France et encore moins Normandie n'eurent de jumeau; mais cette politique du navire unique ne fut menée que tardivement par la French Line, à partir du début du XXe siècle. Aussi l'Impératrice Eugénie était elle le 3e navire mis sur cales d'une série de 8 paquebots à roue à aube : Washington (1864), Lafayette (1864), Europe (1865), France (1865), Nouveau Monde (1865), Panama (1866), Saint Laurent (1866). Trois d'entre eux furent commandés à un chantier écossais tandis que les cinq autres étaient mis en chantier chez John Scott à Saint-Nazaire. Un 9e paquebot est commandé aux chantiers anglais Thames Iron Works company de Blackwall, ce sera le Napoléon III mis en service en 1866 et rebaptisé Ville du Havre après la chute du Second Empire.

 

The Impératrice Eugénie was put on hold in John Scott shipyard in Saint-Nazaire, later known as Penhoët, October 15th 1862 and finally launched April 23rd 1864. As some know, perhaps, the Compagnie Général Transatlantique is not known for its taste for sister ships. Neither S/S France, nor S/S Paris, nor S/S Ile de France or less S/S Normandie had a twin. But, in reality, this politic was born in the early 20th century. So, Imperatrice Eugénie was the third of eight liners with impeller : Washington (1864), Lafayette (1864), Europe (1865), France (1865), Nouveau Monde (1865), Panama (1866), Saint Laurent (1866). Three of them were ordered to a scottish shipyard and the others to John Scott in Saint-Nazaire. A 9th ship was finally ordered to Thames Iron Works company of Blackwall, England. Put in service in 1866 she was named Napoleon III, and later renamed Ville du Havre after the fall of the French Second Empire.

L'Impératrice Eugénie sur cale à Saint-Nazaire.

 

D'une longueur de 108m pour une largeur tout juste supérieure à 13m et 3200 tonneaux, d'une puissance de 3000 chevaux vapeurs pour une vitesse approchant les 14 noeuds, et avec une capacité d'embarquement de 200 passagers, l'Impératrice Eugénie est mise en service au mois de février 1865 sur la ligne du Mexique. L'année suivante elle transporte en Europe l'impératrice du Mexique, Charlotte de Belgique qui vient quérir des troupes supposées permettre à son époux Maximilien de se maintenir sur son trône face aux révolutionnaires de Benito Juarez. Elle tombera folle avant d'y être parvenue et Maximilien sera finalement fusillé en 1867. En 1870, Napoléon III ayant abdiqué le 4 septembre 1870 après la bataille de Sedan perdue contre la Prusse, l'Impératrice Eugénie est rebaptisée Atlantique.

108 meters long, 13 meters wide, 3200 gross tons, 3000 steam horses for a speed of 13 / 14 knots, with a capacity of 200 passengers the Imperatrice Eugenie was put in service in february 1865 on the Mexican line. The next year, she carried the Mexican Empress Charlotte of Belgium to Europe. The empress came to fetch troups supposed to save her husband, emperor Maximilien against Benito Juarez's revolutionary troups. She became mad before that (really) and he died, shot in 1867. September 4th 1870, Napoleon III and Eugenie abdicated after Sedan's defeat against the Prussian army and Imperatrice Eugenie was renamed Atlantique

Charlotte de Belgique, impératrice du Mexique. Charlotte of Belgium, Mexican empress.             Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon III, empereur des Français (1852-1870) peint par Cabanel (1865)             L'impératrice Eugénie par Winterhalter (1864)             

 

 

En 1873, l'Atlantique, ex-Impératrice Eugénie, entre aux chantiers Leslie de Newcastle pour y subir d'importantes modifications au cours desquelles ses roues à aubes sont supprimées et remplacées par une propulsion à hélice tandis que sa coque est allongée de 17m. Il est également doté d'un troisième mât à cette occasion. Rebaptisé Amérique, le paquebot est remis en service le 16 janvier 1874 sur la ligne Le Havre-New-York. Le 21 janvier, l'Amérique recueille l'équipage du Sarah, navire anglais en détresse depuis deux jours. Après avoir appareillé de New York le 4 avril, prise dans une tempête, elle est victime d'avaries de machines le 13, doit mettre à la voile et navigue de conserve avec le voilier Elisa Quirilo. A 16h30 le lendemain, alors que le bâtiment est à moins de 200 km des côtes françaises, la situation devenant alarmante, le commandant décrète l'abandon du navire qui se déroule sans problème malgré l'ouragan. Une seule victime sera à déplorer, le commandant en second, Garay. Tout l'équipage et les passagers sont transférés à bord de l'Elisa Quirilo, de l'Aladin et du Miramichi. Le lendemain pourtant, l'Amérique, toujours à flots, est aperçue et prise en remorque jusqu'à Plymouth par le vapeur anglais Spray aidé du F.T Barry. Elle rentre au Havre le 3 mai par ses propres moyens. Réparé à Saint-Nazaire, le paquebot est remis en service le 13 mars 1875. Mais la malchance le poursuit et en décembre il rompt son arbre d'hélice en entamant sa traversée de l'Atlantique. Le Ville de Brest le prend en remorque jusqu'à Queenstown (actuelle Cobh en Irlande). Deux ans s'écoulent sans nouveau déboire jusqu'à ce que je 7 janvier 1877 le navire s'échoue quatre mois durant à Seabright, sur la côte du New Jersey. Remis en état il reprend son service au mois d'août. La décennie suivante semble se dérouler sans incident majeur et en septembre 1886 le navire est transféré à la ligne Saint-Nazaire-Colon. En 1892 elle reçoit des machines à triple expansion. Enfin 3 ans plus tard, en 1895, son dernier échouage, le long des côtes colombiennes lui est fatal, mettant un terme à l'histoire du premier paquebot transatlantique français.

In 1873, l'Atlantique, ex-Imperatrice Eugenie, entered Newcastle's Leslie shipyard for some significant changes: her impellers were removed, replaced by a propeller, her hull extended by almost 17 meters and a third mast was added. Renamed Amerique, the ship came back to service and was put on the line Le Havre-New York for the first time, January 16th 1874. Five days later, January 21st, she saved the crew of the English ship Sarah, in distress since 48 hours.Setting sail from New York April 4th, she fell in the middle of a violent storm and her engine broke down and she hoisted her sails, sailing in company with the sail maker Elisa Quirilo. But the next day, at 4.30 P.M and less than 100 miles from the French coast, captain ordered to abandon ship and all passengers and crew were transhipped on board Elisa QuiriloAladin and Miramichi. Only one man is missing : second captain Garay. Though April 15th, Amerique, still afloat was seen and taken under tow to Plymouth by the English steamer Spray, helped by the F.T Barry. Safe, the ship steamed by her own to Le Havre May 3rd. Repaired in Saint-Nazaire, the ship came back in line March the 13th, 1875. But the bad luck continued and in December she broke her propeller shaft, initiating her Atlantic crossing. The Ville de Brest towed her to Queenstown (today named Cobh, in the south of Ireland, later it will be the last stop of the R.M.S Titanic). Two years later she ran aground off Seabright, on the coast of New Jersey and was blocked during four months. Repaired and put in line again in August, she spent apparently ten years without any significant incident and in September 1886 she was transfered on the Saint-Nazaire to Colon line. In 1892, she received a new triple expansion engine. But finally she ran aground a second time in 1895 off the Colombian coast and the ship was declared total loss. Thus ends the story of the Imperatrice Eugenie, first French transatlantic liner ever.

 

Quelques images de son dernier sister ship / Some pictures from her last sister ship : Napoléon III (1866-1870), puis / later Ville du Havre (1870-1873).

Grand salon / Main living room

Pont supérieur / Upper deck

Le paquebot Napoléon III en 1866 / Liner Napoleon III in 1866

 

 

Ville du Havre, grand salon

Ville du Havre, le pont.

Napoléon III, futur Ville du Havre, affiche de Louis Lebreton 1866

 

 Plus d'informations sur le Ville du Havre ici / More informations about the Ville du Havre here : http://www.archeosousmarine.net/villeduhavre.html