Un navire navrant, l'épopée du Burdigala

A heartbreaking ship, the epic story of the S/S Burdigala

Chapitre 4 / Chapter 4

Dans l'oeil du "Tigre" / In the eye of the "Tiger"

 

 

C'est alors qu'entre en scène Georges Clémenceau. En voyage officiel en Amérique du Sud, le "Tigre" se montre surpris par le retard pris par la France dans ses liaisons avec ce continent, en comparaison des Anglais, des Allemands ou des Italiens, et exige que soit créée une compagnie de navigation Sud Atlantique dont le port d'attache serait Bordeaux.

Georges Clémenceau, surnommé

 Répondant à l'appel du Tigre, les armateurs Alfred Fraissinet et Paul Cyprien Fabre, déjà investis dans la desserte de ces destinations, en collaboration avec la Société Générale de Transport Maritime, et avec l'appui de deux banques fondèrent l'année suivante la Société d'Etudes et de Navigation, et le 27 mai 1910, la toute jeune société présentait une première proposition au gouvernement pour assurer à l'avenir la desserte de la ligne de l'Atlantique Sud. Ainsi, lorsqu'en 1912 la concession de cette ligne, détenue depuis 1860 par la compagnie des Messageries Maritimes, arriva à échéance de renouvellement, le gouvernement français lança un nouvel appel d'offres selon les clauses duquel l'entreprise qui assumerait désormais le convoyage du courrier vers l'Amérique du Sud devrait posséder 6 paquebots d'une longueur minimale de 175m et d'une vitesse moyenne en service de 18 noeuds. La liaison Bordeaux-Buenos Aires devrait être assurée deux fois par mois à raison d'une fois tous les quinze jours et des escales se faire à Lisbonne, Dakar, Rio de Janeiro, Santos et Montevideo et enfin à Rio de La Plata. Découragées par ces conditions, les Messageries Maritimes se retirèrent de la course et seule resta en lice la compagnie d'Etudes et de Navigation qui signa avec l'Etat au mois de juillet 1911; le contrat devant prendre effet au 22 juillet de l'année suivante. Entérinée par le Parlement le 31 décembre 1911, la décision permit le lendemain à la compagnie de passer commande de deux navires, premiers d'une série de quatre; l'un baptisé Lutetia et jaugeant 15.600 tonneaux fut commandé aux chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire, l'autre, baptisé Gallia, d'un tonnage similaire au précédent fut commandé à la Société Nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée de la Seyne-sur-Mer; tous deux devant être livrés dans le courant de l'année 1913. Le 8 février 1912, la compagnie change de nom pour adopter celui plus parlant et définitif de Compagnie de Navigation Sud-Atlantique.

Then arrived Georges Clémenceau, french prime minister, travelling in South America, was surprised and indignant to see the delay that had French shipping companies on their English, German and Italian competitors and required that a South Atlantic navigation company was created whose home port should be Bordeaux.

402707_French-Sud-Atlantique-Ocean-Line-Poster

 Responding to the call of the "Tiger", owners Alfred Fraissinet and Paul Cyprien Fabre, already invested in serving these locations, in collaboration with the Société Générale de Transport Maritime, and with the support of two banks founded the following year the Société d'Etudes et de Navigation, and on May 27, 1910, the fledgling company made a first proposal to the Government to ensure in the future the service on the line of the South Atlantic. Thus, when in 1912 the concession of this line, owned since 1860 by the Messageries Maritimes company, fell due for renewal, the French government launched a new call for proposals under the terms of which the company that would now assume the conveyor mail to South America should have 6 ships with a minimum length of 175m and an average service speed of 18 knots. Bordeaux Buenos Aires connection should be provided twice a month at the rate of once every two weeks and make stops in Lisbon, Dakar , Rio de Janeiro, Santos and Montevideo and finally Rio de La Plata. Discouraged by these conditions, the Messageries Maritimes company withdrew from the race and only remained in contention the Compagnie d'Etudes et de Navigation who signed with the government in July 1911, the contract to take effect on July 22 of the year next . Approved by Parliament December 31, 1911, the decision allowed the company the next day to order two ships, the first of a series of four: one called Lutetia with a tonnage of 15,600 tons was ordered to Saint-Nazaire Penhoët shipyard; the other, called Gallia, with a similar tonnage, was ordered to the Société Nouvelle des Forges et Chantiers Mediterranéens in La Seyne -sur -Mer. Both were to be delivered during the year 1913. February 8, 1912, the company changed its name to the more meaningful and definitive Compagnie de Navigation Sud Atlantique.

 

S/S La Bretagne

La ligne devant être ouverte le 22 juillet 1912 selon les termes du contrat passé avec l'Etat, et les nouvelles unités en construction ne pouvant être livrées avant 1913, la compagnie dut se résoudre à investir dans l'achat de navires âgés qu'elle intégrerait temporairement dans sa flotte ce qui lui permettrait de patienter en attendant la livraison de ses deux premiers grands paquebots tout en assurant la desserte dans l'intervalle aux dates convenues avec l'Etat. Un délais supplémentaire de deux mois, repoussant la date du premier départ au 22 septembre 1912, fut néanmoins accordé à la compagnie. Outre notamment le rachat auprès de la Compagnie Générale Transatlantique des trois survivants de la série des provinces françaises : La Champagne, La Bretagne, et La Gascogne, Sud Atlantique se mit en quête d'un navire dont l'allure et le tonnage fût plus en rapport avec ses ambitions et l'image qu'elle souhaitait donner d'elle-même. C'est ainsi que la compagnie décida de faire l'acquisition du Kaiser Friedrich dont les caractéristiques remplissaient toutes les exigences de son cahier des charges. La vente fut conclue le 1er mai 1912 et le paquebot cédé au tiers de sa valeur réelle. Immobilisé depuis 12 ans, le navire, rebaptisé S/S Burdigala, du nom latin de la ville de Bordeaux, son nouveau port d'attache, est envoyé chez Blohm & Voss à Hambourg pour une complète refonte et le remplacement de ses chaudières.

S/S La Champagne, former CGT liner.

The line had to be opened July 22, 1912 under the terms of the contract with the state, and the new units under construction couldn't be delivered until 1913; the company had to invest in the purchase of old vessels which were temporarily incorporated in its fleet allowing it to wait until the delivery of its first two big ships while providing service in the meantime by the dates agreed with the state. However, an additional period of two months, pushing the date of the first departure on 22nd September 1912, was granted to the company. Moreover the purchase at the Compagnie Générale Transatlantique of three survivors of a series of French provinces of Champagne, Bretagne and Gascogne, Sud Atlantique went in search of a ship whose appearance and tonnage was more comparable with its ambitions and the image it wanted to give of itself. Thus the company decided to acquire the Kaiser Friedrich whose characteristics met all these requirements. The sale was completed on May First 1912 and the ship sold for a third of its real value. Immobilized for 12 years, the ship, renamed S/S Burdigala, the Latin name of the city of Bordeaux, her new home port, was sent at Blohm & Voss in Hamburg for a complete overhaul and total replacement of her boilers.

 

Le Burdigala relégué dans le port de Hambourg en 1901, par Karl Paul Themistokles von Eckenbrecher

Le Burdigala remontant la Garonne pour la première fois toujours sous ses couleurs allemandes / Steaming on the river Garonne

 

Le Burdigala portant encore les couleurs de la Hapag - The Burdigala still wearing Hapag colors

S/S Burdigala remontant la Garonne probablement pour la première fois - Probably first cruising on the river Garonne

Arborant une nouvelle livrée blanche ainsi que l'emblème de la jeune compagnie, un coq rouge peint sur les cheminées couleur chamois, il fait son entrée sur les berges de la Garonne le 7 septembre 1912. Dans son édition du jour, "La Petite Gironde", feuille locale, annonce son arrivée et parle d'une véritable "ville flottante". Il est vrai qu'avec ses 183m de long et ses 12.480 tonneaux, il s'agit du plus grand paquebot de l'Atlantique Sud. Sa profonde refonte ayant néanmoins pris plus de temps que prévu, et pour tenir la date arrêtée du 22 septembre, Sud Atlantique affrète le paquebot l'Atlantique des Messageries Maritimes afin d'ouvrir la ligne dans les temps impartis. Le Burdigala quant à lui, après qu'un dîner de gala ait été donne à son bord le 26 septembre, appareille pour la première fois le 5 octobre 1912 pour son nouveau voyage inaugural qui s'effectuera à une moyenne... de 17 noeuds. Si le voyage s'effectua sans problème particulier, des ennuis techniques au retour contraignirent la compagnie à de nouveaux travaux de réparation, l'obligeant à remplacer temporairement le navire par l'antique et minuscule paquebot La Gascogne. Du reste la Compagnie de Navigation Sud Atlantique eut la mauvaise surprise de constater l'appétit vorace du géant pour une denrée alors fort coûteuse : le charbon. Cette consommation excessive ajoutée aux coûts élevés générés par son entretien résolut la compagnie à se passer dès que possible des services de ce luxueux glouton. 

 

Dressed up in her new French colors in front of Pauillac, Bordeaux harbor.

Burdigala dans sa nouvelle livrée / Burdigala's new livery

Wearing a new white livery and the emblem of the young company, a red rooster painted on each funnel, she entered on the banks of the river Garonne September 7, 1912. In its edition of the day, "La Petite Gironde", the local paper announced her arrival and talked about a true "floating city". It was true that with her 183m long hull and 12,480 tons, she was the largest liner in the South Atlantic. Her major overhaul having nevertheless took longer than expected, and to keep the date of September 22, Sud Atlantique chartered the S/S L'Atlantique, from the Messageries Maritimes in order to open the line in the allotted time. Burdigala meanwhile, after a gala dinner was given onboard on September 26, sailed for the first time on October 5, 1912 for her maiden voyage that would take place at an average speed of... 17 knots. If the journey was made without any particular problems, technical matters during the return journey forced the company to send the ship again to the shipyard for new repairs, requiring Sud Atlantique to temporarily replace the vessel by the ancient and tiny liner La Gascogne. Moreover, Sud Atlantique was shocked to see the voracious appetite of the giant for a very expensive commodity at the time : coal. This excessive consumption added to the generated cost of maintenance decided the company to move as soon as possible from the services of this luxury glutton.

 

Le Burdigala dans sa livrée définitive à Toulon (1914 ?)

 

Embarquement à bord du Burdigala, 1913 / Boarding the S/S Burdigala, 1913. Bordeaux.

 

Dans le courant du mois d'octobre 1913, la compagnie prenait enfin livraison du Lutetia qui appareilla le 1er novembre suivant pour son voyage inaugural. Le 29 c'était au tour de son sister ship, Gallia, de s'élancer à la conquête de l'océan Atlantique Sud. Le jour même de ce second départ, le Burdigala, trop coûteux, était désarmé et demeurait amarré dans le port de Bordeaux, attendant une nouvelle fois qu'une décision soit prise concernant son avenir. L'Etat fut plus rapide que la compagnie. Le Burdigala avait rendez-vous avec son destin.

In the month of October 1913, the company finally took delivery of Lutetia who sailed November 1st for its maiden voyage. On November 29 it was the turn of her sister ship Gallia to rush to conquer the South Atlantic Ocean. The day of this second departure, Burdigala, way too expensive, was discommissioned and remained moored in the port of Bordeaux, waiting again a decision about her future. French State was faster than the company; requisitioned in the late 1914, the S/S Burdigala had a date with her destiny.

 

S/S Lutetia

 

 

A suivre...

To be continued...

La semaine prochaine : Un navire navrant, l'épopée du Burdigala, 5e et dernier chapitre

Next week : A heartbreaking ship, the epic story of the S/S Burdigala, fifth and last chapter

 

 

BURDIGALA (1912-1916)